Le style Gatsby Par Luke Crisell
 
La mode inspirée par Gatsby Le Magnifique s’annonce comme la tendance de ce printemps. Enfilez vos chaussures de Charleston : les années folles reviennent en force.
Le style Gatsby Par Luke Crisell
Numéro de la revue Flapper de 1922.
 

« Dans ce monde nébuleux, Daisy recommença à suivre la saison ; elle se remit soudain à prendre une demi-douzaine de rendez-vous par jour avec une demi-douzaine d’hommes, et s’assoupissait à l’aube au milieu des perles et des mousselines d’un soir, entremêlées d’orchidées mourant sur le sol à côté de son lit. » —F. Scott Fitzgerald, Gatsby Le Magnifique

De somptueuses fêtes estivales, la Prohibition et, bien sûr, la mode. Gatsby Le Magnifique évoque de nombreuses images et références culturelles, mais ce sont les vêtements qui suscitent actuellement une nouvelle vague de nostalgie suite aux collections printemps-été 2012 créées par Baz Luhrmann pour le remake cinématographique avec Leonardo Dicaprio et Carey Mulligan. Et tandis que la tendance actuelle est axée sur la mode Gatsby, caractérisée par des vêtements d’époque traditionnels, dans les années 1920, ceux-ci étaient symbole de modernité et d'audace.

En novembre 1922, la revue Flapper publiait un article intitulé « The Modern Riddle ». Visant à décrire les garçonnes à un large public, l'article incitait le lecteur à ce qui suit : « Observez sa robe. On n’a rien fait de mieux depuis Ève… Le talon de ses escarpins est relativement bas, et elle n'essaie pas de faire rentrer à tout prix ses pieds dans les chaussures de Cendrillon... Son regard est pétillant et elle fait montre d’une assurance coquine et effrontée. » C'était la Nouvelle Femme : libre comme l’air, indépendante depuis peu et savourant chaque minute de cette nouvelle façon de vivre. Comme Joshua Zeitz, rédacteur de la revue Flapper (Three Rivers Press, 2006) le souligne, cette femme insouciante « dansait le Charleston, chapardait du gin, roulait en décapotable et annonçait des temps modernes ».

Le style Gatsby Par Luke Crisell
(À gauche) Bon nombre des collections de cette saison sont influencées par le côté glamour des années folles. (À droite) Mia Farrow dans le rôle de Daisy Buchanan dans Gatsby Le Magnifique, 1974.
 

La garçonne a également redéfini la garde-robe féminine. Peu de périodes de l’histoire moderne ont eu un impact aussi durable sur la mode que les années folles. Celles-ci étaient annonciatrices d’un profond changement : finis les corsets et les crinolines conventionnelles de l’époque victorienne. On leur préfère les robes de soie amples, ornées de perles, accompagnées d’accessoires tels que bandeaux et chapeaux en cloches. Les tailles basses sont au goût du jour, ainsi que les silhouettes androgynes voire même masculines. Coco Chanel a été la pionnière de ce style garçonne, à Paris, dans les années 1920, avec ses robes droites, ses pantalons larges et des coupes qui ne soulignaient pas les formes féminines.

Certaines favorites des médias, comme la star de films muets Clara Bow, se firent les ambassadrices du look garçonne, et les femmes copiaient leur coupe au carré et leur minijupe. Des photographies de cabaret ainsi que Josephine Baker, muse de F. Scott Fitzgerald, vêtue de costumes de scène audacieux et de robes minimalistes, attestent également de la libération ressentie par les femmes, représentée par les vêtements qu’elles portaient.

Peu de périodes de l’histoire moderne ont eu un impact aussi durable sur la mode que les années folles.

Le style Gatsby Par Luke Crisell
(Haut) Scènes du film Gatsby Le Magnifique de 1974. (Bas) La top-model Gemma Ward apparaîtra aux côtés de Carey Mulligan et de Leonardo DiCaprio dans le futur remake de Gatsby par Baz Luhrmann.
 

Gatsby Le Magnifique (1925) de Fitzgerald, avec pour toile de fond l’été 1922, décrit la vie des riches dans leurs propriétés raffinées des côtes de Long Island. Tandis que Fitzgerald inventait le terme « Jazz Age » (l’équivalent des années folles en Europe) en 1922, il avait déjà donné le ton à cette décennie avec son premier roman intitulé This Side of Paradise (1920), qui le positionna comme expert des jeunes femmes de son temps. « Il a vraiment saisi “l’éternel féminin” », soulignait la Minneapolis Tribune en parlant du livre. Les histoires courtes écrites par Fitzgerald décrivaient les garçonnes comme de jeunes femmes ensorcelantes, qui prenaient leur destin en main en ayant bien l’intention de s’amuser – une cigarette dans une main et un cocktail dans l’autre. Dans la revue Flapper, Zeitz cite un passage du livre de Fitzgerald où est décrite une garçonne type : « Elle avait environ dix-neuf ans, élancée et souple, avec une bouche séduisante et de grands yeux gris empreints d’une curiosité radiante. Ses pieds, nus, et parés plutôt que revêtus de mules de satin bleu accrochées à ses orteils étaient perchés sur l’accoudoir d’un canapé… »

Parés plutôt que revêtus. Cette expression décrit succinctement la mode des années 1920, et particulièrement les personnages qui s’attardaient sur les pelouses de la côte nord de Long Island dans Gatsby. Daisy Buchanan, la protagoniste féminine du roman, incarne une naïveté de petite fille avec ses robes aériennes, aux motifs printaniers : « J’entrais dans sa chambre une demi-heure avant le dîner de noces et la trouvais étendue sur son lit, aussi adorable qu’une nuit de juin dans une robe à fleurs. Et, bien sûr, il y a Jordan Baker, la confidente de Daisy, qui contraste vivement avec son amie vêtue de mousseline. Tandis que la garde-robe de Daisy est délicate et féminine, Jordan, golfeuse professionnelle, représente l’autre facette plus masculine de la mode de cette époque. Nick Carraway, le narrateur de Gatsby, décrit son style comme suit : « Je remarquais qu’elle portait sa robe de soirée, toutes ses robes, comme des tenues de sport. » Masculin. Féminin. Un tailleur-pantalon ou une robe d'été légère. Les années 1920 offraient aux femmes plus de possibilités vestimentaires que jamais auparavant.

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(À gauche) Les vêtements pour hommes de la collection printemps 2012 s’inspirent également des années 1920. (À droite) Robert Redford dans le rôle de Jay Gatsby dans le film de 1974.
 

L’influence de cette période est si profonde que celle-ci ne semble jamais sombrer dans l'inconscient collectif de la mode. L’une des références les plus importantes de cette période date de 1974 lorsque, peu après avoir fondé sa société, Ralph Lauren prend conseil pour les costumes de la version cinématographique de Gatsby Le Magnifique avec Robert Redford et Mia Farrow. Il est difficile d’oublier Mia Farrow dans le rôle de Daisy Buchanan, séduisante dans ses vêtements aux couleurs douces et romantiques. Dans les scènes de soirées, elle porte des robes scintillantes, rehaussées de perles et de pompons, tandis que Robert Redford, en smoking classique, est un exemple parfait du raffinement de cette époque.

Sous les feux de la rampe cette saison, des robes en mousseline fluide, aux imprimés floraux et aux tons pâles et pastels ; des robes en crêpe georgette et des pantalons en satin blanc font allusion au côté glamour discret des années folles. Dans toutes les pièces rappelant le charme féminin de Gatsby (on voit des plumes d’autruche et des manchettes ainsi que des pompons et des perles, bien sûr), Jordan Baker est autant évoquée que Daisy Buchanan avec des tailleurs mille-raies aux coupes exquises et des vestes intemporelles à double boutonnage, qui confèrent une allure garçonne aux silhouettes de cette saison.

Les tons blanc, crème et ivoire prédominent : les pantalons de pyjama, les robes en satin tombant jusqu’à terre, les écharpes nouées autour du cou et même les jupes en cuir se déclinent tous en teintes pâles. Cette subtile palette de couleurs présente des tons pastels nostalgiques et rêveurs—céleri, citron, bleu acier, rose cendré. Peut-être que les chatoyantes robes de soie couleur champagne, coupées en biais, sont le symbole le plus évocateur des origines romantiques de cette tendance.

Daisy ou Jordan, mondaine ou garçonne sportive, robe florale sexy un jour et pantalon-tailleur le suivant, le style de la mode de printemps des années folles convient aux deux facettes de la personnalité de la femme moderne. Planquez le gin : les garçonnes sont de retour.

Luke Crisell est le réviseur de chroniques en chef de la revue Nylon. Ses articles à la pige ont été publiés dans la revue New York, Monocle, Wallpaper* et The Independant.

  • © Pablo Rivera/Golden Pixels LLC/Corbis
  • (Gauche) Illustrations reproduites avec l’aimable autorisation de Ralph Lauren (Droite) © Mary Evans/Paramount Pictures/Ronald Grant/Everett Collection
  • . (Haut, gauche et droite) © Mary Evans/Paramount Pictures/Ronald Grant/Everett Collection (Bas) Illustrations reproduites avec l’aimable autorisation de Grazia RU
  • (Gauche) Illustrations reproduites avec l’aimable autorisation de Ralph Lauren (Droite) © Mary Evans/Paramount Pictures/Ronald Grant/Everett Collection