Palm Springs célèbre son passé architectural – et tourne son regard vers l’avenir.
Frank Sinatra se prélassant au bord de sa piscine piano, un martini à la main, Bob Hope riant à gorge déployée sur le « green »…Palm Springs évoque les images intemporelles en noir et blanc des stars du cinéma des années 50. Mais ces moments suspendus de l’histoire ne seront que de courte durée ; et lorsque l’âge d’or d’Hollywood dans le désert s’évanouit, seules les reliques du passé demeurèrent. Heureusement pour la ville, il se trouve que ces reliques comptent parmi certains des plus beaux exemples de l’architecture moderne nationale du milieu du XXème siècle.
Aujourd’hui, les structures élégantes et dépouillées de Palm Springs font partie des plus grandes attractions de la ville. Après une phase de déclin dans les années 70 et 80, de jeunes architectes novateurs venus de New York et de Los Angeles ont commencé à racheter et à restaurer ces maisons modernistes, et une ribambelle d’hôtels et de lieux de villégiatures rénovés à la perfection leur ont fait cortège. Puis, une foule de jeunes gens branchés a envahi Palm Springs, et dès le début des années 2000, la ville est redevenue un endroit prisé pour son côté « cool ».
(À gauche) Frank Sinatra et son épouse, Barbara Marx, lors de leur mariage dans la demeure de Walter Annenberg, à Palm Springs, le 11 juillet 1976. (À droite) Une photographie datant de 1948 de la maison de Frank Sinatra à Palm Springs.
Cet intérêt ravivé pour le patrimoine architectural de villégiature du désert a repris du poil de la bête au fil des ans, notamment propulsé par un évènement annuel connu sous le nom de la Semaine du Modernisme de Palm Springs (16-26 février 2012). Lancé il y a sept ans par un groupe d’organisations locales artistiques, culturelles et de défense du patrimoine, le festival de onze jours propose une panoplie de conférences, de projections de films, de cocktails-réceptions huppées et de visites de résidences, donnant l’occasion aux participants d’accéder à certaines des propriétés les plus luxueuses de la ville.
Plus de 25 000 visiteurs ont été accueillis l’année dernière (soit deux fois plus qu’en 2009) et les chiffres pour 2012 sont en passe de mieux faire encore.
Ceux et celles souhaitant revivre un peu du glamour de l’âge d’or hollywoodien trouveront leur bonheur lors de la soirée d’ouverture de la Semaine du Modernisme le 16 février. Cette année, la soirée aura lieu à l’Elrod House, un exemple à couper le souffle du style moderniste du désert qui a prospéré dans la région au milieu du XXème siècle. Conçue en 1968 par l’illustre architecte moderne John Lautner, et rendue célèbre par le film de James Bond Les Diamants sont éternels en 1971, la structure futuriste en forme de dôme accrochée à la falaise donne une vue spectaculaire sur les Montagnes de San Jacinto.
Cet intérêt ravivé pour le patrimoine architectural de villégiature du désert a repris du poil de la bête au fil des ans.
Intérieur de la maison Elrod.
La fête se poursuit dans la résidence de Frank Sinatra, ouverte aux visites le 23 février, et aux visites privées et d’entreprises toute l’année. Un autre exemple sensationnel du design de l’époque nous amène à la propriété Twin Palms, de 1947, conçue par l’architecture E. Stewart Williams, et incarnation de l’atmosphère enjouée et détendue qui est la définition même du style de Palm Springs : plans libres, fenêtres bandeau, et formes géométriques nettes. Autrefois lieu des réceptions les plus éclatantes de la vallée de Coachella, la légendaire résidence de Sinatra a été magnifiquement restaurée dans sa splendeur originelle, meubles d’époque compris.
Le point culminant de la semaine sera peut-être le coup d’œil exclusif à Sunnylands, propriété de 1966 des feus philanthropes Walter and Leonore Annenberg. Conçue par l’architecte moderniste pionnier en la matière, A. Quincy Jones, la résidence de 2 300 m2, en grande partie à l’abri des regards derrière son mur d’enceinte rose, en a fasciné plus d’un pendant des dizaines d’années. Suite à une rénovation majeure, la propriété de 80 hectares a été récemment rouverte et fait maintenant office de lieu de retraite politique et de centre artistique. Les participants à la Semaine du Modernisme seront les premiers visiteurs à pénétrer sur le site, après quoi celui-ci sera ouvert au public sur réservation anticipée.
Les visites des propriétés du milieu du XXème font partie des attractions les plus prisées du festival, attirant un grand nombre de visiteurs, et affichent complet des semaines, voire des mois à l’avance. Mais la Semaine du Modernisme à Palm Springs a une autre facette, une composante résolument tournée vers l’avenir et qui anticipe comment se déroulera l’expansion physique de la ville, tout en veillant à préserver les éléments de son passé et de son histoire.
La maison Desert conçue par les architectes Marmol Radziner ; La maison Rock Reach récemment construite est un exemple d’architecture viable ; La maison Abernathy conçue par William Cody en 1962 ; La maison Desert, conçue par Marmol Radziner, reflète une simplicité géométrique.
Le Village de Démonstration en Préfabriqué du festival permet aux participants de découvrir certains de ces futurs développements, grâce à une exposition Epcot-esque consacrée aux designs d’avant-garde et aux technologies de pointe en matière d’énergie alternative et de constructions à faible impact sur l’environnement. De même, les visites des résidences New Moderns passent en revue les propriétés et les bâtiments concept d’architectes contemporains puisant leur inspiration dans la sensibilité moderne du milieu du XXème siècle à Palm Springs.
La plupart de ces propriétés – conçues dans un style collectivement appelé Architecture du Nouveau Siècle– ont un impact minimal sur l’environnement du désert grâce à l’utilisation de matériaux et de techniques de construction durables. Ces développements ne sont pas nouveaux dans la Vallée ; en 2005, le cabinet d’architectes de Los Angeles, Marmol Radziner – à l’origine de la restauration de la célèbre Maison du Désert Kaufmann à Palm Springs – a mis au point une maison en préfabriqué d’un minimalisme surprenant dans la municipalité voisine de Desert Hot Springs.
Alors que les défenseurs du conservatisme considèrent ces nouvelles constructions comme l’une des plus grandes menaces planant sur le patrimoine culturel de Palm Springs, la Semaine du Modernisme nous montre que si ces développements sont menés à bien de manière durable et dans le respect de l’identité distinctive de la région, tout espoir de voir le passé et le présent cohabiter pacifiquement n’est pas perdu. Les générations futures devront donc décider pour elles-mêmes si ces nouveaux bâtiments sont à la hauteur de l’héritage laissé par leurs prédécesseurs modernistes.
Alison Zingaro est auteur et éditrice chez Fab.com, et ancienne éditrice en chef de Matter, une publication trimestrielle spécialisée dans les matériaux, l’architecture et le design.