Le commerce humanitaire Par Michael Slenske
 
Les organismes de bienfaisance à but lucratif aident les personnes dans le besoin en leur fournissant de tout : des ballons de football aux lunettes—voici un aperçu de la nouvelle tendance philanthropique.

À une autre époque, les entreprises travaillaient d’arrache-pied, réalisaient leurs objectifs de chiffre d’affaires et, à la fin de l’année, elles rédigeaient un chèque à un organisme de bienfaisance pour alléger quelque peu leurs impôts. Aujourd’hui, un des modèles commerciaux qui s’étend le plus rapidement est celui de la philanthropie à but lucratif : pour chaque produit acheté, soit un produit est donné à une personne dans le besoin, soit une partie des recettes est utilisée pour une bonne cause. De l’inventeur qui a créé un ballon de football increvable aux quatre anciens élèves de la Wharton School qui fabriquent des lunettes jusqu’au créateur qui vend des cravates pour donner des uniformes scolaires aux enfants, les nouveaux philanthropes redéfinissent les organismes de bienfaisance. Cette tendance a été lancée par TOMS Shoes et sa plate-forme One for One, devenue le banc d’essai des entreprises qui s’investissent dans le caritatif en réalisant des produits non seulement socialement responsables, mais aussi convoités pour leur propre qualité.

« Les meilleurs conseils que nous avons eus venaient de gens du secteur philanthropique [comme par exemple l’équipe TOMS] ; ils disaient que les organismes à but non lucratif devaient être gérés davantage comme des entreprises commerciales. »

— Tim Jahnigen

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(À gauche) Une paire de chaussures de la marque TOMS. (À droite) Blake Mycoskie, fondateur des chaussures TOMS, lors de la marche pieds-nus organisée par TOMS en 2010 intitulée « Un Jour sans Chaussures ».
 

Après avoir présenté Blake Mycoskie, le fondateur de TOMS Shoes, comme « l’un des entrepreneurs les plus intéressants que j’ai jamais rencontrés » au cours de la Clinton Global Initiative en 2009, Bill Clinton s’est entretenu avec lui et lui a demandé : « Pourquoi mener cela comme une activité commerciale et non plutôt comme une œuvre de philanthropie ? » Mycoskie lui a expliqué qu’au cours de vacances en Argentine en 2006, il a vu des enfants nu-pieds et a « remarqué que ces gosses [recevaient des dons de chaussures] qui n’étaient même pas nouvelles... et pas vraiment de la bonne taille ; j’ai alors pensé... qu’il devait y avoir un meilleur moyen de résoudre ce problème. » Il a alors envisagé de créer une « affaire durable à but lucratif... basée sur le modèle un produit gratuit pour un produit vendu. » Il s’est expliqué : « J’ai craint de démarrer un organisme de bienfaisance qui dépendrait des dons. » Loin de se replier pendant une période creuse—ou de ne pas répondre à ses engagements des années précédentes—TOMS, qui en est aujourd’hui à sa sixième année, a fait don de plus d’un million de paires de chaussures.

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(À gauche et à droite) Des enfants défavorisés jouant avec des ballons de foot One World Futbol.
 

L’inventeur-producteur Tim Jahnigen a connu son moment de vérité en regardant en 2006 une émission spéciale de CNN sur des enfants du Darfour qui jouaient au football avec des ordures et des chiffons, pire même, avec des pierres. « J’ai été frappé comme par la foudre », dit Jahnigen, qui portait des chaussures de tennis réalisées dans le même plastique que celui qui était utilisé pour produire les Crocs. « J’ai pensé à faire un ballon avec ça pour le donner à ces gosses. » À l’époque, il travaillait avec l’organisme de bienfaisance Rainforest Foundation en même temps que Sting, qui a proposé de l’aider à démarrer la future association One World Futbol. « Les meilleurs conseils que nous avons eus venaient de gens du secteur philanthropique [comme par exemple l’équipe TOMS] ; ils disaient que les organismes à but non lucratif devaient être gérés davantage comme des entreprises commerciales », dit Jahnigen, qui a fait don d’environ 50 000 de ses ballons de football bleus à 130 pays par l’intermédiaire du programme Give One, Get One de One World.

« Je voudrais qu’il y ait un million de TOMS et de Warby Parkers. »

— Neil Blumenthal

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Warby Parker a fait un don de 100 000 paires de lunettes grâce à sa philosophie « Achetez une paire, donnez une paire ».
 

Neil Blumenthal a fondé les lunettes Warby Parker en 2010 avec trois camarades de classe de la Wharton School of Business en Pennsylvanie, après avoir fait don de lunettes pendant cinq ans par l’entremise de l’entrepreneur social VisionSpring. Blumenthal connaissait l’impact que peuvent avoir des lunettes adéquates : les déficiences visuelles coûtent trois mille milliards de dollars par an à l’économie mondiale. Il savait aussi combien il était facile de fabriquer des lunettes de bonne qualité, bien conçues et à bas prix tout en s’investissant dans le bénévolat. Warby fait tout en ligne, avec un logiciel de reconnaissance des visages ; à 95 dollars seulement la paire, l’expédition est gratuite pour les essais chez soi. Aujourd’hui que Warby Parker est devenue rentable—l’entreprise a déjà été en mesure de faire don de 100 000 paires grâce à sa philosophie « une paire achetée, une paire donnée—Blumenthal estime qu’elle peut servir de modèle à de nouvelles entreprises. « Il faut être axé sur les parties prenantes, et non sur les actionnaires », affirme l’entrepreneur, qui fait face à une concurrence amicale de TOMS : celui-ci a annoncé le lancement de sa propre ligne de lunettes l’année dernière. « Près d’un milliard de personnes ont besoin de lunettes », ajoute-t-il. « Je voudrais qu’il y ait un million de TOMS et de Warby Parkers. »

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Heather Hasson a fondé la société FIGS en 2010 afin de procurer des uniformes scolaires aux enfants défavorisés, grâce à la vente d’écharpes et de cravates.
 

Quand viendra ce jour, ils seront rejoints par Heather Hasson, qui a démarré en 2010 sa propre marque philanthropique : FIGS (Fashion Inspired Global Sophistication). En deux ans à peine, FIGS a fourni 10 000 uniformes scolaires à plus de 100 écoles primaires au Kenya, en Tanzanie et au Népal en vendant des cravates et des écharpes en ligne. Pour chaque produit acheté, un enfant dans le besoin reçoit un uniforme scolaire. « Depuis que j’ai 19 ans, je donne des uniformes aux enfants », dit Hasson, qui a commencé au Vietnam en 2002 après avoir quitté le collège. Ancienne créatrice de vêtements d’intérieur pour hommes, Hasson avait remarqué que beaucoup d’enfants en Afrique portaient des cravates avec leurs uniformes. Une question simple s’est alors posée : pourquoi ne pas fusionner ses deux passions, la création et la philanthropie, en dessinant des cravates élégantes ? « Ce sont des articles tangibles [que les clients] vont utiliser. Elles peuvent en outre promouvoir le fait que ce sont des personnes bien intentionnées qui apportent une aide », dit-elle, en faisant remarquer que la nouvelle vague d’organismes de bienfaisance à but lucratif est en passe d’habiller le monde de la tête aux pieds. « Chacun joue son rôle dans sa propre spécialité. »

Ce recoupement philanthropique—qui incorpore les sponsorisations par des sociétés et le développement de marques stratégiques—semble être l’avenir du secteur à but lucratif. One World Futbol trace la voie avec un certain nombre de partenariats : en échange de contributions substantielles, ils fabriqueront des ballons aux couleurs des entreprises. Jahnigen espère lancer des ballons increvables dans d’autres sports, notamment le football américain et le basketball, tout en élargissant de façon exponentielle l’empreinte caritative de son entreprise. Il développe aussi un pneu de bicyclette indestructible en mousse adapté à différentes tailles de roues. Le mot d’ordre est : ne jamais s’user. À l’instar de TOMS, de Warby Parker et de FIGS, les philanthropes tels Jahnigen ont l’intention de devenir des acteurs à long terme.

Michael Slenske écrit régulièrement pour RL sur l’art et la culture.

  • (Dans le sens des aiguilles d’une montre à partir d’en haut à gauche) Avec l’aimable autorisation de One World Futbol ; avec l’aimable autorisation de FIGS ; avec l’aimable autorisation de Warby Parker ; avec l’aimable autorisation de One World Futbol ; avec l’aimable autorisation de TOMS
  • (À gauche) Avec l’aimable autorisation de TOMS (à droite) © Getty Images
  • (À gauche et à droite) Avec l’aimable autorisation de One World Futbol
  • Avec l’aimable autorisation de Warby Parker
  • Avec l’aimable autorisation de FIGS